L'opération militaire

Le 3 février 1976 à 7 h 15, un car militaire effectuant le ramassage scolaire de 31 enfants de militaires dans différentes bases françaises est détourné par des militants indépendantistes armés, dans le quartier d’Ambouli au niveau de la cité du Progrès. Après avoir franchi le barrage qui ceinture Djibouti, puis 15 km de pistes, il parvient à Loyada, poste-frontière avec la Somalie. En fin de matinée, après des premières négociations qui ont permis la libération d’un jeune otage, les premiers ravisseurs font déplacer le bus dans le no man's land jusqu’à une dizaine de mètres du poste de frontière somalien. Selon Ahmed Dini, il y avait six ravisseurs qui cherchaient à sortir de la ville où ils étaient recherchés. Une fois à la frontière, les quatre premiers ravisseurs sont remplacés par d’autres qui se relaient dans le bus et présentent des revendications politiques inspirées par la République de Somalie. Les nouveaux ravisseurs sont originaires de Djibouti et de Somalie. Six d’entre eux auraient intégré la police djiboutienne après l'indépendance1 en juin 1977. Selon les ex-otages et les personnes présentes lors du démarrage de la prise d’otages à Ambouli, il y avait initialement quatre ravisseurs et d'autres seraient ensuite venus de Somalie.

Le car, avec à son bord trente-et-un enfants, le conducteur qui est un jeune appelé, qui seront rejoints par une assistante sociale — qui se porte ensuite volontaire pour soutenir les enfants pris en otages — est immobilisé dans le no man's land entre les territoires français et somalien, à une dizaine de mètres seulement du poste-frontière somalien2.Les forces armées françaises sont aussitôt mises en alerte dès le début de la prise d’otages. La 2e compagnie du 2e régiment étranger de parachutistes, commandée par le capitaine Soubirou
3, en mission de courte durée à la 13e demi-brigade de Légion étrangère, quitte Djibouti pour se déployer à proximité du poste-frontière. Elle est renforcée dans la soirée par les auto-mitrailleuses légères (AML) de l’escadron de reconnaissance. De l’autre côté de la frontière, des soldats somaliens ont pris position derrière les barbelés, conseillés par des agents du Pacte de Varsovie. La nuit tombe sans qu’il soit possible de deviner les intentions des preneurs d’otages, hormis celles liées à leurs revendications, qui expriment leur volonté de tuer les enfants si elles n’aboutissent pas.

Le  tôt le matin, arrive de métropole un groupe de neuf tireurs d’élite du Groupe d'intervention de la gendarmerie nationale (GIGN) dirigé par le lieutenant Christian Prouteau. Ils sont installés à environ 180 m du bus, en avant de la palmeraie proche du poste de frontière français, à proximité des tireurs d’élite de la 13e DBLE et du 2e REP déjà en place. À 300 m du car, la compagnie du 2e REP reste en attente dans la palmeraie à l’ouest du bus, autour du poste du groupement nomade autonome. Les AML de l'escadron de reconnaissance de la 13e DBLE sont à 500 mètres au nord de la position, où un escadron de gendarmerie mobile est également en attente.

Le car avec ses passagers est toujours immobilisé au même emplacement. Les preneurs d'otages auraient été renforcés par des éléments venus de Somalie. Des soldats réguliers somaliens sont installés de part et d’autre du poste-frontière.

Le général Pierre Brasart, commandant supérieur des Forces armées du Territoire français des Afars et des Issas (TFAI), dirige les opérations depuis son PC situé entre la palmeraie et les autres positions militaires françaises. À 15 h 45, les tireurs d’élite du GIGN ouvrent le feu et tuent cinq preneurs d'otages, utilisant à cette occasion pour la première fois le « tir simultané ». Dans la dizaine de minutes qui suit, le GIGN tue d’autres ravisseurs. Les soldats somaliens postés de l'autre côté de la frontière, ripostent notamment avec des mitrailleuses MG42 positionnées dans la palmeraie. À partir du poste frontière, d’autres soldats tirent aussi sur les gendarmes du GIGN et sur les légionnaires qui se précipitent vers le bus. Un cinquième preneur d'otage, sans doute parti du poste frontière somalien, réussi à entrer dans le bus, à s’emparer d’un enfant, avant d’être tué par un gendarme du GIGN et un légionnaire lorsqu'ils pénètrent dans le car. Dans sa chute, le ravisseur aurait vidé le chargeur de son arme au hasard et blesse plusieurs enfants, dont deux ne survivent pas4.

Selon les enfants et le chauffeur, un sixième terroriste venu probablement du poste frontière, a ensuite longé le bus avant de tirer en direction de l’angle arrière-droit du car. C’est ce tir qui aurait tué la jeune Nadine Durand et blessé le chauffeur ainsi que plusieurs autres enfants, dont la jeune Valérie Geissbuhler qui décédera dans la semaine lors de son rapatriement à Paris.

Dans le même temps, la 2e compagnie du REP donne l’assaut tandis que les AML se déploient en ligne face à la frontière. Les légionnaires sont pris sous les tirs d’armes automatiques venant du côté somalien, qui sont rapidement neutralisés par les AML. Les sections de la 2e compagnie pénètrent dans le car et en extraient les enfants et les deux adultes qui sont mis à l’abri. À 16 h 05 l’action est terminée.

2 fillettes ont été tuées : Nadine Durand, qui décède sur place, et Valérie Geissbuhler, qui meurt dans la semaine après avoir été transférée et opérée à l'hôpital du Val-de-Grâce à Paris ;
5 autres enfants ainsi que l’assistante sociale et le conducteur ont été blessés, dont plusieurs grièvement et certains resteront handicapés à vie ;
1 garçon, Franck Rutkovsky, a été emmené à Hargeisa en Somalie et a été libéré dans la semaine à l’ambassade de France à Mogadiscio, après de longues tractations5 ;
le lieutenant Doucet, chef de la 1re section de la 2e compagnie a été grièvement blessé dans l’action ;
7 preneurs d'otage ont été tués ;
le nombre de soldats somaliens tués dans l'accrochage reste indéterminé. Selon le GIGN. D'après le bilan donné par le gouvernement somalien le 10 février, 15 Somaliens ont été tués et 14 blessés.6